Récits conférences

« Ecrire le Monde »

Comment vous dire ? Mon seul souci est : d’écrire le Monde !

Oui,  je développe une recherche picturale sur le territoire, sa Cartographie Imaginaire… son imaginaire cartographique.

C’est un travail d’expérimentation sur l’écriture du monde, la construction du langage qui dessine ce monde, sa représentation.

C’est une tentative de proposer une vision à venir. De présenter et, chemin faisant, de faire exister cet avenir, d’inventer le territoire.

C’est une démarche de conviction, imprégnée et réfléchie de la réalité du lien humain et du partage des savoirs, la coexistence pacifique.

Sa représentation

Représenter  le monde est par essence la fonction de l’art.

En tant qu’artiste je partage la vision d’un monde que je donne à voir. Je montre ce qui est sous tendu jusqu’à, parfois, rendre visible l’invisible.  L’art, la création, au sens étymologique : la poésie.

Avec une dimension supplémentaire dans ma recherche puisque le sujet même de ma quête d’artiste consiste à faire des œuvres, des cartographies imaginaires, qui réfléchissent sur le langage même de la représentation du Territoire, de la carte, de ses formes symboliques.

Des œuvres qui réfléchissent  (au sens du miroir)  notre manière de penser le monde. Notre civilisation. Et pour reprendre un dialogue de Cocteau, j’espère que « mes miroirs réfléchissent un peu plus ! ».

J’ai choisi la preuve graphique.

J’ai choisi d’expérimenter, de reprendre la preuve graphique chère aux physiciens et aux géographes comme démarche artistique.

C’est-à-dire de faire et faire des toiles, des sculptures, beaucoup, tout le temps, à tous propos,  en explorant les multiples directions possibles,  pour voir.

Cela suppose de prendre de vitesse ses peurs, ses pensées,  pour laisser affleurer les formes, les couleurs, tout.  Quitte à être capable de « faire du moche », du bizarre, du vide, du rien...

Bien sûr,  je ne partais pas de rien. Depuis 10 ans artiste-associée à l’Equipe Réseau Savoirs et Territoires de l’ENS-Ulm,  j’étais imprégnée des réflexions de cette équipe, et vivant ici et maintenant, ayant lu, voyagé, pérégriné,  je suis un « produit de cette civilisation ».

C’est l’image de l’éponge, je n’avais plus qu’à appuyer.

Voir ce qui se passe quand je dessine un coin du monde sur mon papier, un morceau. Constater ce qui est mis en en relief, la manière, les systèmes de penser qui président à la construction de ma toile, de notre réel. Et en fait de notre imaginaire.

En réalité et j’ose donc dire en réalité, j’ai vu le territoire se dessiner sous mes doigts.

Mais comment cela a t-il eu lieu ?

« Il était une fois », c’était « un jour de printemps». Ce jour-là, je voulu indiquer le chemin pour aller de Paris, la Ville, à une région sylvestre au Sud du Val de Loire, j’étais en terrasse, un café au Carrefour de l’Odéon avec un carnet. (le carré et le rond).

Alors j’ai fait un rond sur le rectangle ou le carré blanc de la page, avec deux axes Nord-Sud/ Est-Ouest.

 

N'hésitez pas à cliquer sur les photos.

Là, où, Léonard de Vinci avait imaginé implanter une immense ville Royale reliée à l’Atlantique et la Méditerranée par des canaux. Bref. J’en ai fait mon Centre du Monde, ma gare de Perpignan…Sachant que ce territoire de Sologne est une invention aménagée sous Napoléon III. Auparavant il s’agissait de marais pestilentiels (comme écrivait Georges Sand lorsqu’elle venait de son Berry à Paris).
Je venais de modéliser le Territoire !

Chacune de ses directions a donné lieu à des séries d’œuvres.

« C’était une autre fois », « un autre jour », il y a deux ans, j’ai dû déménager mon atelier à St Denis. Chaque matin, à partir d’Odéon, sous terre ligne 13, je traverse pour aller… loin.  Non,  me suis-je dit,  c’est proche et je circule à l’intérieur d’une unité, d’un cercle,  le Grand Paris se construit…

Mais, je ne voyais aucune image. J’étais sous terre, sans vision. (Au secours !)

La solution : réaliser des représentations  et voyager dans plaisir de cette image mentale. Rendre à la transhumance quotidienne une sensation de bien-être. 

Alors j’ai fait deux cercles :

Cependant, Le Grand Paris, c’est la multiplicité des départements ce qui entraînait un travail plastique à multiple facettes. Une unité à facette.

L’invention du territoire

Le territoire est bien une construction, notre invention, entre l’unité mentale et le prisme du regard. 

Evidement le territoire soulève de grandes questions que j’ai ainsi explorées autour de trois axes de recherche picturale :

La notion de rapprochement avec comme contexte de travail le rapprochement des Hauts-de-Seine et des Yvelines.

En terme pictural, rapprocher deux éléments c’est  les mettre sur un même plan, une toile. Un cercle, un triangle dans le grand rectangle.  (Les Yvelines une unité mentale circulaire -Les Hauts-de-Seine un triangle, que je préfère au carré pour sa suggestion du mouvement). 

L’apposition même de deux objets visuels oblige l’œil à faire le lien entre les deux objets présents (Cf Wittgenstein).  Semblance, différence, complémentarité. Mis sur une même couleur de fonds,  ils font partie du même « bain ». Encore plus : ils forment un ensemble.

Je raconte une histoire avec les formes ! Simplement, tout à l’heure, en changeant le sens de la toile par exemple, à la verticale, je retrouvais une tête et un corps, cad la composante humaine du territoire.

Et si je fais tout un récit avec ma toile, si je raconte l’épopée du rapprochement entre Les Yvelines et les Hauts de Seine, voici ce que cela donne :

C’est l’histoire d’un voyage à venir d’une belle voile d’un papillon formée des Yvelines et des Hauts de Seine, avec comme poinçon, comme jointure, la Seine.  (on est embarqué)

Ou alors ceci (Cf la dernière toile bleue et violette). « 30 » qui nous emporte encore ailleurs.

Nous pourrions dire que j’ai quitté une l’écriture planaire (celle développée dans nos sociétés depuis Descartes disait EG lors de son dernier séminaire, Carte/Descartes, cela ne s’invente pas),  je suis quasi en 3D.

Changer l’avenir, c’est changer le mode représentation, la carte, sa cartographie imaginaire.

Ecrire le monde, c’est choisir un mode de raisonnement, un mode  de fonctionnement.

Nous sommes essentiellement dans la verticalité et les structures pyramidales. Cependant, de nombreux exemples développent la notion circulaire : les recherches en innovations relationnelles,  l’économie symbiotique, présentée par Isabelle Delannoy. (CF publication Acte Sud septembre).

J’ai voulu donner un visage (envisager), une forme, une vision pour faire avancer la chose. Pour que l’essence de notre mode de raisonnement change. Et que nous puissions voir, et donc intégrer la pensée de La spirale, celle du monde qui se régénère. Voici quelques tableaux.

De même, j’ai travaillé sur la notion de jardin, la jonction entre la cité et la réa-silva, cet espace qui crée l’équilibre. Voici le jardin à la française, pour aller vers la notion de jardin planétaire chère à Gilles Clément avec le regard du jardinier et le tiers paysage).

La coexistence créatrice

Travailler sur ces nouveaux territoires de pensée est une démarche de conviction imprégnée et réfléchie. Une manière d’être au monde. Une manière d’être une artiste. Que j’appelle la coexistence créatrice !

Pour inventer, créer, il faut être dans le lien. Il faut pouvoir laisser venir affleurer, (à fleur de peau), ses intuitions, et pouvoir en toute confiance et sérénité les entrecroiser avec les autres. Et c’est là que la richesse de ce qui est inventé saute aux yeux et que le bonheur (c’est quoi le bonheur ? disait Edgar Morin et Jean Rouch dans Chronique d’un été) et l’énergie du partage nous mène ailleurs et autrement : la coexistence créatrice.

C’est l’exemple de ma rencontre avec l’Equipe Réseaux Savoirs et Territoires à l’ENS, qui dépend du département de géographie de l’ENS et qui associe des chercheurs de toutes disciplines et origines pour réfléchir sur la notion d’écritures.

 « Viens avec nous, apporte ton regard d’artiste ». Sans intentions, je me suis reliée aux autres pour réfléchir ensemble, par plaisir du bouillonnement, par amitié. Et des années plus tard ma recherche sur les cartographies imaginaires s’est dessinée.

C’est l’exemple de Métrodiff, l’association de métrologues sur « La mesure » qui se réunit au CNAM. J’ai rencontré  Marie-Ange Cotteret, sa présidente, Anne-Marie Breuil, elles sont venues à l’atelier. Je travaillais à faire éclater des tâches de couleurs à la chaleur pour bénéficier de la capillarité et réaliser des transparences en forme de psychées pastorales. Elles ont fait le rapprochement avec un physicien qui étudie la transparence de la couleur. Et maintenant sein de l’équipe de Métrodiff, je travaille sur un chantier « la cartographie plurielle ».

« Il est un pays superbe…, dit-on, que je rêve de visiter avec une vieille amie, pays singulier noyé dans les brumes de notre Nord et qu’on pourrait appeler l’Orient de l’Occident, la Chine de l’Europe…Tu connais…cette nostalgie du pays qu’on ignore ? »

Voilà,  je viens de vous raconter une histoire, de vous faire un récit, parce que le territoire est un récit, notre récit en commun, à construire et qui nous rapproche.

qui fera une dizaine de mètre et je prends le plaisir de vous lire un extrait: « Puisque des rochers de la montagne à la plaine basse, le sol, remanié par les eaux pendant la série des âges, s’incline en pente régulière vers le bord de l’océan, le ruisseau semble-t-il, devrait s’écouler en ligne droite, entrainé par son poids ; mais au contraire, son cours est une succession de courbes…La ligne droite est une pure abstraction de l’esprit…comme tant d’autres eaux courantes chantées par le poète il rappelle à l’imagination le serpent qui glisse dans l’herbe en déroulant ses anneaux. Vu du haut d’une colline, les méandres brillent à la lumière.

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Pour découvrir mon travail et mon univers en détail, téléchargez mon livret sur les cartographies imaginaires !

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